Brussels Biker Boys outtake #4: Conversation with Mohamed and Mounir

The following is the second extract of two conversations with three of the squad’s members: Zahir (38), Mohamed (28) and Mounir (33). Zahir is founding member and head of the squad’s quad section, Mounir takes care of its Facebook account and Mohamed is the little brother of Abdelouafi “Kawaz” Elouassaki, the crew’s head honcho and public face, who died last year following a motorbike accident. In order to retain as much of the interview’s authenticity as possible, we chose to publish it in its original, French form.

This interview is the last part of an outtake serie from our last Fourth Quarter Edition. Order it here.

Mounir – Déjà on est ouverts à tous et à tout le monde. Nous, ce qui nous intéresse, c’est la fraternité et d’avoir une base qui est tout ce qui tourne autour de la moto — je dirais même pas la moto parce qu’on peut même aller jusqu’aux deux roues, voire quatre parce qu’il y a même des quads.

Nicholas – Moi, je vous connaissais plus comme un crew de quad a la base, mais est-ce que je me trompe ?

Mounir – Ils ont commencé avec des vélos. Ils ont commencé à faire des wheelings à vélo…

Nicholas – En quelle année ?

Mounir – Maintenant, ça fait dix ans. Le groupe “Kamikaze Riders”. Le nom du groupe, lui, a dix ans.

Nicholas – Toi Mounir, tu es le frère de…

Mohamed – Kawaz. Celui qui est décédé.

Nicholas – Qui était le…

Mohamed + Mounir – …le bras droit.

Mounir – Le bras droit et il s’occupait de tout avec Saïd, ils étaient… En fait, quand l’un parlait, c’est comme si l’autre parlait aussi.

Mohamed – Ils se sont connus par msn. Je me rappelle, mon frère, il avait acheté un blaster.

Il avait aussi acheté un quad et là, comme par hasard, il était tombé sur Saïd et il avait entendu “Ouais, voilà, Kamikaze Riders, il fait des wheelings” et il voulait rentrer aussi dedans. Et comme ça, ils ont fait l’amitié entre eux.

Nicholas – Donc, ça existait déjà à la base ?

Mohamed – Ça existait déjà. Ouais. Mais au début, c’était avec des boosters. Ça a commencé que avec des boosters.

Nicholas – Donc, Saïd avait fondé le truc et Kawaz…

Mounir – Si tu veux, quand ils se sont rencontrés, ça a été une expansion rapide et…

Mohamed – Ça a été une explosion ! Boum !

Mounir – On n’a pas une charte, on n’a pas un papier que tu signes et qui te dit que t’es un Kamikaze. Si tu veux, “Kamikaze”, c’est un esprit, tu vois ? C’est-à-dire qu’on aime bien s’amuser. Des fois avec des risques. Malheureusement. Il y a des risques. De toutes façons, le risque zéro, il n’existe pas. On essaie d’aller, par exemple, quand on fait vraiment nos cabrioles et compagnie, on essaie d’aller dans des endroits où il n’y a pas de voitures, on essaie de sécuriser la zone, qu’il n’y ait pas de va-et-vient. Tu vois, c’est ça la philosophie, d’aider tout le monde. Il n’y a pas de truc bien carré, défini. Nous, des fois, on roulait, on partait à dix, on terminait à vingt ou trente.

Nicholas – Il y a une hiearchie qui structure le groupe?

Mounir – On a la section “boosters”, c’est les scooters. Les plus jeunes — parce qu’on a aussi des petits jeunes qui, plus tard, passeront probablement au grosses motos. Donc, on a la section “boosters”. On a la section “motos”.

Mounir – Et puis après, t’as les quads.

Mohamed – T’as les quads. Qu’on met tout seuls vu que c’est quatre roues.

Nicholas – Et à peu près, la proportion : il y a plus de motards ?

Mounir – Ouais.

Mohamed – Voilà. C’est les motos, en général. Et puis après, je dirais les boosters et puis les quads.

Mounir – Après, t’as des gens des quads qui passent en motos, t’as des gens des motos qui passent aux quads, c’est…

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Nicholas – Et avec la police ça se passe comment ?

Mounir –T’as à boire et à manger.

Mohamed – Oui.

Mounir – T’as le pire. Donc le type qui peut venir t’emmerder juste parce que t’as pas mis les choses en ordre de A à Z. T’as juste les chaussures qui sont pas bonnes, ben il va te coller une amende. Et puis t’as le flic qui — je me rappelle avec ton frère, là ! — il était en train d’envoyer un sms en moto ! Il y a le flic qui est là qui le voit et le flic, il vient derrière lui et lui, il l’a même pas remarqué, quoi, tu vois, avec son sms, jusqu’à quand il est à côté de lui et puis il fait “hop”, il l’arrête et là, il est arrêté. Et franchement, il aurait pu lui coller plusieurs amendes, il aurait pu le faire chier et tout mais il a été sympa ! Il a dit : “T’arrête de faire le con. Et même un jour — je ne sais pas si t’étais avec nous — on était pas loin d’ici, on était boulevard Général Jacques. Donc, on était dix, quinze motos. On arrive au feu, il y a une voiture de police. Tu sais bien, tout le monde se marre, tout le monde est gentil, tu vois. Et puis, ils ouvrent la fenêtre et ils nous font :“Montez !” On les regarde et on fait :“Oui oui oui, bien sûr !” Nous, on monte et puis ils nous demontent après ! Et ils nous dit :“Non non, je vous jure, allez, montez, après, je vous fais rien, je vous dis rien !” On a dit :“T’es sûr ?” Il nous dit :“Je vous promets, je vous fais rien !” Le flic, il est devenu vert : imagine, quinze motos, tout le monde qui part en wheeling ! C’est pour dire que des fois, tu tombes sur des braves flics, tu vois.

Nicholas – Ca pour moi, c’est un très bon exemple du fait que vous faites partie du paysage bruxellois.

Mounir – Ils sont plus indulgents dans certains cas. Mais c’est clair que moi, je pars du principe qu’il vaut mieux qu’on fasse les cons et qu’on soit plus ou moins encadrés : qu’il y ait des plus grands qui sont là pour calmer les petits. Tu sais bien, t’as toujours des petits fougueux, t’as toujours des gens qui ont pas peur, t’as le petit qui vient de monter à moto qui veut monter en wheel directement… Tu vois, quand ils vont rouler à moto, ils vont aller dans des endroits… Je sais pas, ils risquaient d’aller en ville, place de Brouckère pour aller frimer, pour aller taper un wheeling et se péter la gueule et risquer peut-être de toucher des gens. Tandis que quand son frère était là, quand il les organisait.

Nicholas – Et vous, il est pas question d’aller frimer, avec vous ?

Mounir – Écoute, t’as deux catégories, dans les motards. T’as ceux qui aiment la moto et t’as ceux qui prennent la moto pour…

Mohamed –…frimer avec.

Mounir – Soyons honnête, il doit y avoir des gens qui aiment un peu les deux mais je pense que la grande majorité, c’est des motards pour la moto. Nous, quand il y avait un rassemblement — quand son frère les faisait — quand on faisait des grands rassemblements pour partir, on partait loin. On partait à Bastogne, on partait au Luxembourg, à Ostende. On est meme parti jusqu’en Suisse, on est partis en Espagne.

Mohamed – Rouler, quoi. Rouler.

Mounir – On cherche des belles routes. C’est vraiment ça, le truc.

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Nicholas – Et les cortèges pour lesquels vous etes connus, comment s’organisent-ils?

Mounir – Ca c’est quand on fait des trucs plus organisés, c’est-à-dire, par exemple, comme des mariages : ils nous sollicitent pour faire des cortèges à des mariages, pour certaines stars aussi. On a fait Booba, on a fait Kelma, on a fait Djibril Cissé…Booba, il était pas au courant. Il savait pas qu’on était là. Donc, nous, on était sortis de derrière sa camionnette, il a rien compris, il a vu vingt motos arriver et…

Mounir – C’était mon frère qui avait organisé le truc, donné des coups de téléphone, a pris des motards, a fait des réunions, on a bien expliqué qui, où, quand, quoi, comment.

Mohamed – Avec les plans et tout, hein !

Mounir – Chacun avait sa place, les motos qui restaient à côté des voitures. C’était son frère qui s’occupait de tout ça. C’est lui. Après, quand je dis “c’est lui”, c’est par rapport à sa notoriété à lui, par rapport au respect qu’il a inspiré aux gens. Parce que ce n’est pas seulement une question de connaissances, après, il y a aussi une question de cœur, tu vois. C’est quelqu’un, le jour de son enterrement, tu vois, je ne sais pas si tu as entendu parler, il y avait près de deux mille personnes ! T’imagines ? Deux mille personnes ! Je sais pas si t’as une petite idée de c’est quoi, deux mille personnes ? C’était une figure non seulement emblématique du groupe, mais c’était quelqu’un qui avait le cœur sur la main. C’était quelqu’un de droit et juste. Et c’est plus difficile maintenant qu’il n’est plus là. Moi, tous les jours, je peux te montrer sur Facebook, tous les jours, j’ai des jeunes :“Où est-ce que je peux acheter une moto ? Est-ce que je peux être un Kamikaze? Je suis pas trop vieux pour être un Kamikaze ?” Des questions, franchement, t’as de tout, de tous les âges.

Mounir – Tu veux savoir ? Tu veux savoir ? Tu sais, le jour de son accident, ce qu’il faisait ? Il était en train de livrer des t-shirts !

Mohamed – Il livrait des t-shirts.

Mounir – Kamikaze. Dans son sac à dos. Tu vois, pour te dire : il en est mort. Il est mort juste avec des t-shirts qu’il allait vendre à quelqu’un qui les avait réservés, commandés. Donc voila, on a eu une petite année un peu plus dure que les autres parce que voilà, il n’était plus là. Mais nous, ce qu’on veut faire, ce n’est pas refaire la même chose que son frère parce que ça, je ne pense pas que quelqu’un soit capable de le faire, mais si tu veux, on va essayer de faire du mieux qu’on peut. Avec Saïd. Avec Zahir. Zahir qui est le boss des quads.

Mohamed – Zahir, le quad, c’est lui. Ça fait des siècles ! Franchement, je ne sais pas combien de temps!

Mounir – Il fait comme avec une moto ! Comme un vélo ! Il prend son quad comme un vélo!

Mounir – Et lui, n’importe quelle moto, il fait vrrt ! Comme un vélo!

Mounir – C’est comme Saïd, tu lui donnes une route de deux kilomètres, il est deux kilomètres en wheeling! Et il peut te regarder, il peut s’asseoir sur sa selle, il peut te faire coucou si tu veux, il monte à des vitesses de 200 km/h si tu veux sur la roue arrière ! Moi, son frère, je me rappelle une fois, j’étais derrière ma bulle, je prends à 240, comme ça, et à un moment donné, je me casse. Et son frère, en wheeling, il passe, wou ! Moi, je me dis : “Mais c’est pas possible ! Il est fou, ce type !”

Mounir – De toutes façons, ce serait te mentir que de te dire que tout ce qu’on fait est légal. Parce qu’à partir du moment où tu vois bien que, dans nos vidéos, on est en ville et on est truc… ‘fin, tu vois, quoi, on ne se cache pas. On ne se cache pas.

Nicholas – C’est illégal, du wheeling, en ville ?

Mohamed – Oui, c’est interdit.

Mounir – C’est “conduite dangereuse”. Ne serait-ce que le bruit de l’accéléré, déjà, ça, à la base, c’est interdit.

Mounir – Mais c’est un virus ! Dès que tu montes dessus c’est fini!

Mohamed – Depuis qu’on est petits, hein ! Vraiment, depuis qu’on a, quoi…

Nicholas – À quel âge t’es monté pour la première fois sur une moto ?

Mohamed – Moi, la première fois, j’avais dix-sept ans. C’est mon frère, il avait acheté une moto et il me donnait, quoi. Et je roulais.

Nicholas – Et toi ?

Mounir – Moto ou deux roues ?

Nicholas – Tu veux dire quoi, “deux roues” ? Un scooter ?

Mounir – Oui, alors, moi, j’ai commencé à neuf ans, moi !

Nicholas – Et toi, scooter ?

Mohamed – Scooter ? Seize ans. C’est mon frère qui me l’avait acheté. Il me l’avait offert. Et je l’ai encore, hein ! Il est encore devant ma porte !

Mounir – C’était une crème, franchement, c’était une crème ! Même en tant qu’ami, c’était… C’est le genre de personne, tu tombes sur une, peut-être deux, sur toute ta vie. Des gens comme ça, tu vois, aussi droits, tu vois. C’est très difficile de trouver des gens avec cette mentalité-là.

Nicholas – Et donc vous vous etes calmer maintenant, vous etes plus trop à vouloir taper des pointes?

Mounir – Ca dépend. On fait de la route. On va à Dinant ou Luxembourg. Ça pour nous, Dinant ou Luxembourg, c’est comme si tu dis tu vas aller à Molen (ndlr Molenbeek) faire tes courses, quoi.